Ce site créé par le professeur Jean-Pierre Lotz, chef du service d'oncologie médicale de l'hôpital Tenon à Paris, fournit des informations médicales et juridiques aux patients.
Marina l’exploratrice
par Marina
En 2002, une forme rare de leucémie aigue m’a fait entrer dans un essai thérapeutique. Mon médecin m'a dit : "Je ne sais pas combien de temps le traitement va marcher, un an, deux ans, cinq ans... Vous êtes une exploratrice." Cela fera sept ans cet été. Sept ans que j'explore la maladie et ses conséquences. Je suis engagée dans des associations depuis quatre ans. Mon espoir : voir la société évoluer vers une meilleure prise en charge des patients afin qu'un jour la maladie ne soit plus qu'un chapitre dans le roman de la vie.
Ne me demandez plus d'être Patiente
Publié par Marina le lun, 2010-04-19 20:30Récit incisif d’une ablation de port-à-cath qui aurait du bien se passer si le chirurgien m’avait écoutée. Mais ça, je crois que pour l’écoute des patients, il va falloir les former les soignants, sinon la prochaine fois je prends un hameçon de pêcheur et je fais à qui le veux une ponction de moelle osseuse à la fléchette.
Arrivée à midi au service de chirurgie digestive pour l’ablation d’un port-a-cath ancré dans le corps depuis 2003, je suis rentrée à 22h à mon domicile bien énervée, verte de stress, rouge de larmes et orange avec la Bétadine. Le matin lorsque j’appelais à 9 heures le service pour savoir à quelle heure venir (puisque je n’avais pas été prévenue avant), j’entendais les secrétaires discuter entre elles : « bon, heu, alors attends, elle est marquée sur le logiciel mais pas sur le carnet du jour, heu, dis lui de venir à midi ». Donc je suis venue à midi, à jeun depuis le matin. Sauf que j’ai passé environ 3h45 sur un siège dans le couloir.
Finalement, ils ont du avoir pitié, ils m’ont envoyé prendre la douche à la Bétadine à 15h45. J’étais contente, je pensais pouvoir rentrer tôt chez moi et puis une gentille patiente acceptait de m’accueillir dans sa chambre sur un brancard en attendant. Elle eu la gentillesse de me relater ses 8 heures d’intervention mais c’est vrai qu’être quasiment nue dans un couloir aurait été dérangeant.
Sauf que c’est vers 19 heures que je suis descendue au bloc. Attendre 7 heures pour passer au bloc laisse vraiment le temps de revisiter sa vie. J’ai quand même dit que je voulais avoir le dernier métro ! Et encore, je n’ai eu aucune information sur cette attente, même si j’ai su qu’il y avait bien eu une transplantation. Si je conçois très bien l’urgence médicale et la priorité des actes, j’estime que l’information a minima ça existe.
J’aurais pu rentrer chez moi, aller au cinéma, tiens j’aurais bien revu « massacre à la tronçonneuse » ou « voyage au bout de l’enfer ». L’attente du jour, le stress, la crainte de souffrir ont fait que j’avais déjà envie de pleurer…peut-être un pressentiment. Car oui, avant d’écouter les autres, il faut savoir s’écouter soi-même.
Quelques semaines auparavant lorsque mon hématologue m’avait parlé de cette intervention, il m’avait prévenue « Marina, c’est une vraie intervention, je vous envoie vers un chirurgien, c’est le meilleur ! ». J’étais rassurée sur le moment. Pas après avoir rencontré le dit chirurgien. Et je ne me suis pas écoutée. Grave erreur. Mon hématologue lui avait fait un courrier lui mentionnant que j’avais déjà bien dégusté, que ce P.A.C était là depuis 7 ans et qu’il voulait que ça se passe au mieux. J’avais eu l’impression que ce chirurgien m’avait prise pour une rigolote : « non Madame, pas d’anesthésie générale, vous supportez la xylocaine ? Mais non, ça ne va pas être collé, pourquoi il m’écrit votre hémato ? ».
Je lui ai bien précisé que déjà la pose avait été très douloureuse mais c’est vrai que Monsieur le Docteur avec un grand D comme « Dommage pour moi » réalise des transplantations alors ôter ce P.A.C que je ne voulais plus voir… Je l’ai vu, c’est vrai, il est venu me dire bonsoir au bloc. Puis il a du partir, il n’a pas pratiqué. C’est un jeune médecin qui a réalisé l’intervention, j’ai du lui demander son nom quand même pour avoir un souvenir. Chers amis soignants, présentez-vous au moins au patient allongé sur une table dans une position ni agréable physiquement ni psychiquement.
Il a été bien ce jeune médecin : il m’a refait au moins 5 piqûres d’anesthésies au cours d’une intervention d’une heure trente. En même temps, entre les « aie, putain, j’ai mal », il a du m’entendre. Il m’a dit avoir arrêté de compter. Et ils ont bien raison de bloquer les mains du patient sous les fesses avec un drap pour éviter tout mouvement intempestif parce que je crois que j’aurais donné un coup de poing sur la table. Pour me détendre, j’ai bien essayé de plaisanter : le matin, un ami me disait de leur demander de me refaire les seins en même temps alors je leur ai dit mais… Ah ! Ah! Ah ! Aie ! Parfois, l’humour ne suffit plus.
J’ai regretté de ne pas avoir insisté pour une anesthésie générale. Parce qu’en local on entend tout en plus. Vous connaissez le bruit du bistouri électronique ? Parfois j’avais l’impression qu’il y avait un petit chalumeau au dessus de ma tête. Bien sur, le P.A.C était collé ! J’avais raison : ils en ont parlé évoquant l’adhérence aux chairs, il a eu du mal à l’enlever, et j’ai adoré entendre « tu en as déjà vu des comme ça ? ». Petit florilège d’échanges formateurs :
Le médecin à un autre soignant : « il faut disséquer le P.A.C » mais moi je pensais « hé ho, les gars ! Une dissection, c’est pour une autopsie ! Il y a un organisme vivant en dessous, un cœur qui palpite, une âme qui s’agite ! » car j’ai bien senti la chair frémir, s’écarter, se tendre, le poids de certains petits appareils. Alors quand on m’a demandé où ce P.A.C avait été posé, je crois que j’ai répondu « dans une boucherie ». Mais forcément, forcément, cela avait du se faire dans un autre service.
Et puis un autre soignant qui ne s’est pas présenté non plus avait l’air très marrant (sans doute un interne) à qui j’ai dit que j’avais faim (étant à jeun depuis le matin), lui, il m’a répondu qu’il y avait un Mac-Do près de l’hôpital en me demandant si je faisais un régime. Alors, c’est vrai j’ai dit « pourquoi je suis trop grosse » ?, il a répondu : « non, justement Madame, vous pouvez prendre un double cheeseburger ». Et là, je me suis demandée ce qu’il était en train de regarder ? : l’intervention ou mon tour de taille ? Je ne comprends pas l’utilisation de blouses opératoires transparentes, franchement non. Il y a des pantalons pour les hommes, pourquoi pas pour les femmes ?
Même la couture, je l’ai sentie mais j’ai de la chance m’a dit le chirurgien, la cicatrice sera une reprise des deux précédentes donc petite, parce que je suis jeune. Donc si tu es vieux et malade, tant pis pour toi ! Tu auras une cicatrice à la Zorro.
Ah puis aussi, j’aimerais bien qu’on ne demande pas à quelqu’un en larmes si ça va. Non, si je pleure c’est que ça ne va pas. J’ai dit au brancardier que je ne ferais pas ça tous les jours. Vu ma tension et l’heure, à 21h15 j’ai pris un plateau-repas de l’hôpital, toujours en pleurs d’ailleurs. Et là une fille passe, peut-être une infirmière ou une aide-soignante, toujours dans le « alors, ça ne va pas ?». Bah non, vois-tu jeune fille, toi qui niveau douleur a peut-être juste perdu un poisson rouge dans la vie, moi j’ai perdu beaucoup de temps ici aujourd’hui, j’ai mal, j’ai eu mal, et je n’ai pas pu appeler mon enfant ce soir. Alors niveau écoute, il va falloir te former.
Ecouter quelqu’un, c’est l’accueillir tel qu’il est et dans ce qu’il vit et c’est également savoir se taire, il y a des silences curatifs. J’aurais aussi aimé voir un médecin en partant…que l’infirmière de ville rencontrée pour changer le pansement ne soit pas étonnée d’une absence totale de prescription. Si je n’avais pas demandé en cours d’intervention « quand puis-je prendre une douche ou faire du sport », je n’en saurais rien. Heureusement, j’avais pensé à demander un antidouleur en partant. Pour la colère, hélas, elle n’est pas encore prescrite après une telle journée.
Ne me demandez plus d’être patiente. Par contre, comme l’écrit si bien Martin Winckler dans ce livre magnifique et formateur qu’est « Le Chœur des femmes » rappelez vous que « soigner, ça n’est pas jouer au docteur ».
Marina
[i] Editions P.O.L
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Tags : Port-à-cath, P.a.c, Ecoute, Cancer
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En lisant votre témoignage,
En lisant votre témoignage, je ne peux que vous soutenir !! OUI, il faut réagir à ce manque d'humanité.
Je trouve inadminissible ce
Je trouve inadminissible ce manque d'humanité de la part de certains soignants .
Ma mère a eu un cancer du sein en 2003 dont elle a guérit et malheureusement pour elle en mai 2010 le cancer du colon.
L'opération s'est bien passée mais le lendemain elle n'avait plus de sensibilité au niveau de la jambe gauche. Inquiète j'appelle l'infirmière qui me répond "qu'un mal au mollet ne fait pas partie des suites opératoires" ...j'ai été obligée de faire des lettres recommandées et la prise en charge de sa jambe se fera 5 jours après.....En réalité ils lui ont compressé le nerf crural donc des souffrances terribles , elle marche avec une canne...Elle a 72 ans, je trouve inadmissible la façon dont elle a été traitée......je défends ma mère mais combien de personnes sont dans son cas?? Il y a des soignants merveilleux mais pour les autres il ne faut pas hésiter à faire en sorte que des sanctions soient prises .....un boulanger qui fabrique du mauvais pain on ne l'achète plus,
pourquoi tolèrer que certains soignants fassent mal leur travail?
Merci pour ce récit, qui fait
Merci pour ce récit, qui fait si fortement écho à ce que j'ai vécu pour la pose du PAC: chirurgien certes "très bon technicien", mais si pressé d'en finir avec moi, dernière patiente, pour récupérer son retard, anesthésie très douloureuse, avec brûlure à la xylocaïne et...engueulade de sa part devant ma réaction, pour finalement être coupée à vif! une vraie barbarie!
Alors, oui, la dépose se fera sous anesthésie générale, que ça plaise ou non à ces hommes médecins si imbus de leur pouvoir vis à vis des femmes que nous sommes, qui plus est dans une posture d'infériorité car malades.
Et vive la saine colère, qui seule permet de nous faire entendre, à défaut d'être écoutées!
chère Marina, je suis
chère Marina,
je suis chirurgien gynécologique et mammaire dans un hôpital de taille moyenne.
Votre témoignage appelle les réponses suivantes :
-la pose d'un port à cath, sa surveillance, son retrait, l'information et la prise en charge morale "qui vont avec" sont un véritable métier, comme tout ce que l'on considère comme de "petits gestes"
-un geste sous locale nécessite de savoir faire le geste en question tout en parlant au patient, en lui demandant ce qu'il ressent, en marquant des temps d'arret dans la réalisation, en laissant toujours ouverte la possibilité d'arreter et remettre à plus tard s'il y a douleur
-enfin, la qualité de cette "petite chirurgie" est le meilleur test sur la réelle compétence de l'opérateur.
Je suis désolé que vous n'ayez pas bénéficié de ces standards
Marina J'ai eu 5 port-à-cath,
Marina
J'ai eu 5 port-à-cath, Changement fait sous AG, mais pas la "dépose". Le chirurgien qui avait mis le 1er et pas les suivant était étonné de me revoir au bout de 5 ans, alors que je faisais mes chimio dans la même clinique!!! Les dossiers informatiques ne devaient pas existé en 2005.
Avec anesthésie locale, (le mien avait 4 ans) je regardais dans le scialitique l'évolution de "l'intervention". Bien "accroché" il tirait, coupait... voilà un confrère, il commente la dernière intervention du matin : coucou je suis là et je ne dors pas!!!
Il me reste celui en abdominal qui m'a servi pour la chimio locale sur le foie. Malgré la demande de l'oncologue il restera bien au chaud dans mon corps.
La chambre implantable est un confort considérable pendant les traitements, mais je pense que les chirurgiens ne réalisent pas l'angoisse et la douleur lors du retrait.
Pour eux c'est la fin de nos soins, tout va bien madame
Maintenant je suis en pleine forme et participe activement aux associations anticancereuses de ma ville
j'espère que pour vous c'est de même
Jacquy. (début traitement 1997 / dernière intervention 2002)
Marina écrit :"Et je ne me
Marina écrit :"Et je ne me suis pas écoutée. Grave erreur. " C'est une situation que je rencontre souvent. Pourquoi, alors qu'on ressent intuitivement que cela ne va pas bien se passer, on fait comme si ? On balaie l'intuition pour "ne pas changer les choses", pour rester gentille, conforme, acceptante...Il me semble que c'est propre aux femmes: faire ce qu'on attend d'elle. Et faire l'impasse sur son intuition quitte à en souffrir.
On a une aide à recevoir à ce niveau-là, nous les femmes. Nous aider à suivre notre intuition au risque de déplaire, au risque de choquer. Parce qu'in fine, c'est notre intérêt direct qu'il faut préserver. Comment apprendre à le défendre ?
Oui, c'est vrai que
Oui, c'est vrai que l'anesthesie locale est certainement plus rassurante pour nos médecins mais tout entendre est désagréable. J'ai eu droit à un chirurgien argentin, très rassurant avant la pose du port-à-cath. Pendant c'était différent. Suite à ma maladie (qui n'est pas un cancer mais une maladie orpheline), j'étais un hématome à moi toute seule. Bref lors de l'opération "il ne trouvait pas le branchement" l'hématome!!! Heureusement l'infirmière bloc lui donnait des conseils!! Je ne sais plus combien de temps l'intervention a duré, mais on pourrait se passer des commentaires... un casque avec de la musique... Bref, aujourd'hui, il me sert bien mais il déroute les infirmières car il est profond
Courage, la vie est combat contre la maladie certes mais aussi pour défendre ses droits et son meilleur être
Marina vous avez raison
Marina vous avez raison d'être en colère et heureusement parfois cette rage nous aide à tenir. Elle permet aussi de rester vigilants, de vérifier que l'infirmière ne colle pas dans la perf le produit auquel vous êtes allergique ou n'accélère pas le débit pour finir plus vite (vous vous doutez que ces deux exemples je les ai vécus). J'ai connu aussi les pleurs d'épuisement, de délaissement au fond d'un couloir et oui il y a beaucoup à faire pour que tous ceux qui nous soignent restent humains. Nombreux sont ceux qui font un travail extraordinaire (notamment pour nous guérir ou le tenter) mais il est encore des soignants qui ne se soucient pas des malades, ou plutôt se cantonnent dans la technique alors que l'écoute, l'attention sont capitales.
Courage à vous et restons en colère!